Qu’est devenue l’expédition de Monsieur de Lapérouse ?

Qu’est devenue l’expédition de Monsieur de Lapérouse ? :
Conférence de Pierre Sterlingot du Rotary Club  ‘Paris-Est’ faite le Mercredi 18 Juillet au Rotary Club ‘La Baule-Atlantique’

ps et ybYannick Boyer, Président du Rotary Club La Baule-Atlantique accueillant Pierre Sterlingot

« A-t-on des nouvelles de Monsieur de Lapérouse ? », aurait interrogé Louis XVI avant de monter sur l’échafaud.

LE MONDE | 18.03.2005 à 19h18 • Mis à jour le 19.03.2005 à 15h45 |

Par Claudine Wéry – Nouméa (Nouvelle-Calédonie) de notre correspondante

 » A-t-on des nouvelles de Monsieur de Lapérouse ? « , aurait interrogé Louis XVI avant de monter sur l’échafaud. Plus de deux siècles après, une bande de copains de Nouvelle-Calédonie, férus d’histoire et de plongée sous-marine, tentent de lui répondre. La clé du  » Mystère Lapérouse « , l’une des plus grandes énigmes de l’histoire de la marine française, se trouve à Vanikoro, une minuscule île de l’archipel des Salomon, dans le Pacifique sud.

essaiPierre Sterlingot, un conférencier passionnant.

Louis_XVI_et_La_PérouseLouis XVI donnant ses instructions à La Pérouse

C’est là que gisent, depuis 1788, les deux épaves de l’expédition Lapérouse, celles de l’Astrolabe et de la Boussole. Mais comment ces frégates ont-elles fait naufrage ? Qu’est devenu Lapérouse ? Y a-t-il eu des survivants ? Ont-ils quitté Vanikoro ? Mystère…

Le comte Jean-François de Galaup de Lapérouse, capitaine de vaisseau brillant et expérimenté, quitte Brest le 1er août 1785 à la tête d’une des plus grandes expéditions autour du monde de son temps. Il emmène avec lui quelque 220 hommes parmi lesquels des botanistes, des médecins, des naturalistes, un chirurgien… toute la fine fleur des milieux scientifiques.

255px-Plaque_Lapérouse_(Brest)Plaque commémorative à Brest

En ce siècle des Lumières, l’Angleterre et la France se livrent une âpre concurrence sur les mers du monde, et Louis XVI prépare lui-même cette expédition destinée à cartographier ce qui a  » échappé à l’œil  » du Britannique James Cook. Cette quête du savoir sur les mers du globe doit durer quatre ans et couvrir 150 000 kilomètres.

Mais le 15 mars 1788, après deux ans et demi d’une incroyable odyssée, Lapérouse lève l’ancre de Botany Bay, non loin de l’actuelle Sydney en Australie, et fait parvenir son dernier message au maréchal de Castries, ministre de la marine. L’explorateur met le cap à l’est, en direction de Tonga et de la Nouvelle-Calédonie, et disparaît à jamais.

Quarante ans plus tard, en 1827, un capitaine irlandais, Peter Dillon, localise une des épaves sur le récif de Vanikoro, au nord-est de l’Australie. La seconde ne sera découverte qu’au début des années 1960, à moins d’un mille de la première.

Depuis 1981, l’association Salomon, fondée par Alain Conan, chef d’entreprise de Nouméa à la fibre aventurière, a repris l’enquête pour tenter d’élucider les circonstances dans lesquelles Lapérouse et les siens ont disparu. Ils ne sont à l’origine qu’une douzaine,  » unis par l’amitié et la passion pour l’explorateur « , comme le raconte Henri Goiran, ancien plongeur de Cousteau et fidèle de l’association.

 » C’était très amateur à l’époque. Je crois que, pour la première campagne, ils n’étaient même pas sûrs de trouver les épaves, mais les habitants de Vanikoro les ont vite orientés « , confie Pierre Larue, photographe de l’association depuis 1986. Avec les voiliers des uns et des autres, nos hommes, tous plongeurs, mettent le cap sur les Salomon et entament leurs investigations sous-marines.

La pêche est miraculeuse. Dès les premières campagnes, des milliers de pièces vaisselle, verroterie, couverts en argent, montre, sculptures ­ sont remontées du fond de l’océan.

Craignant d’être considérés comme des pilleurs d’épaves, les membres de l’équipe s’adjoignent, à partir de 1986, des archéologues, qui apportent une caution scientifique et historique aux travaux. Restaurées, traitées et authentifiées, les pièces remontées sont exposées au Musée Lapérouse d’Albi et au Musée d’histoire maritime de Nouvelle-Calédonie.

La_Pérouse_la_Boussole_l'Astrolabe.svg Trajet emprunté par l’expédition de La Pérouse jusqu’à Botany Bay.

A terre, lors de la cinquième campagne en 1999, les recherches prennent un tour inespéré avec la découverte d’un  » camp des Français « . Une archéologue du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du ministère de la culture et un autre de l’Institut de recherche pour le développement de Nouméa sont sur place.  » On a retrouvé des pierres à fusil, des balles de mousquets écrasées, des clous, des boutons d’uniformes, un pied du roi -instrument de mesure- et un canon de méridienne, sur quelques dizaines de mètres carrés « , raconte Alain Conan. Cette découverte, qui confirme la tradition orale des habitants de Vanikoro, atteste que des survivants ont mis pied à terre et qu’un bateau de secours a été construit.

 » L’INCONNU DE VANIKORO « 

En 2003, avec des moyens techniques d’investigation importants, une nouvelle campagne est organisée dans l’espoir de trouver des sépultures sur le camp des Français.

Contre toute attente, la récompense vient des entrailles d’une des épaves, encastrée dans une faille à l’extérieur du récif. Par 15 mètres de fond, un squelette, dans un état de conservation exceptionnel, est découvert, sous une épaisse couche de sédiments.  » D’un seul coup, au lieu de trouver une fourchette, on trouve un type. On se dit alors que cela fait plus de vingt ans qu’on vient là pour tous ces hommes disparus et que l’un d’eux est désormais sous nos yeux « , se souvient avec émotion Henri Goiran.

Les premières expertises révèlent que  » l’inconnu de Vanikoro  » est un homme de stature moyenne, âgé de 31 à 35 ans, et qu’il s’agit sans doute d’un officier ou d’un savant, compte tenu de l’état impeccable de sa denture. A Nouméa, lors d’une cérémonie en décembre 2003, la marine nationale rend  » les honneurs militaires à un de ses hommes, mort à Vanikoro il y a plus de deux cents ans, et qui symbolise tous les marins disparus « . Marc de Lapérouse, descendant de la sœur de l’explorateur, est venu de Londres se recueillir devant la dépouille d’un équipier de son illustre aïeul.

Actuellement, les ossements sont en cours d’expertise à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où ils livrent lentement leurs secrets. Le dessinateur Gaspard Duché de Vancy a un temps été le candidat le plus sérieux, mais tous les recoupements génétiques n’ont pas abouti, et d’autres pistes sont apparues. Grâce au moulage du crâne, un sculpteur en paléoanthropologie, Elizabeth Daynes, a réalisé une reconstitution saisissante du visage de  » l’inconnu de Vanikoro « . Pour Alain Conan, chef d’orchestre méticuleux de ce long voyage dans le temps, la joie est immense.

En métropole, Portés disparus, second film sur les fouilles de Vanikoro, réalisé par Yves Bourgeois, dont le frère est médecin en Nouvelle-Calédonie et membre de Salomon, rassemble près de 4,5 millions de téléspectateurs lors de sa diffusion dans l’émission  » Thalassa « , en juin 2004. L’affaire s’emballe et prend une dimension nationale, à mille lieues des toutes premières équipées d’Alain Conan et sa bande.

Une preuve ? Du 18 avril au 16 mai, une ultime campagne de fouilles mobilisera des moyens humains et matériels sans précédent. Placée sous le haut patronage de Jacques Chirac et soutenue par plusieurs ministères ­ défense, culture et recherche ­, l’expédition comptera plus de cent personnes.

Le  » Jacques-Cartier  » et la  » Boussole « 

Bâtiment de la marine nationale basé à Nouméa, le Jacques-Cartier servira de base vie et de plate-forme scientifique à la nouvelle campagne de fouilles, à laquelle participeront notamment une dizaine d’archéologues terrestres et sous-marins, un linguiste du CNRS, un géophysicien et un médecin légiste. Marc de Lapérouse et Alain Fleuriot de Langle, descendant de Paul-Antoine, commandant en second de l’expédition, seront aussi de la partie. Le principal objectif sera d’identifier formellement les sites des épaves, dont l’une est échouée sur un plateau corallien, en partie à l’intérieur du lagon, tandis que l’autre est encastrée dans une faille. Les efforts porteront sur la faille dont de nombreux indices portent à croire que c’est le lieu du naufrage de la Boussole, que commandait Lapérouse. Lors de la découverte du squelette en 2003, les plongeurs étaient arrivés aux portes des appartements de l’explorateur. Les clés du  » mystère Lapérouse  » sont peut-être cette fois à portée de main…

330px-Boussole_La_Perouse_John_PendrayLa Boussole en haute mer, vue par un artiste du XXe siècle.

Un gentilhomme navigateur

Lorsqu’il quitte Brest le 1er août 1785, à la tête des frégates la Boussole et l’Astrolabe, pour un voyage autour du monde commandité par Louis XVI, Jean-François de Galaup de Lapérouse, né à Albi en 1741, a déjà fait ses preuves sur les mers du globe : il a notamment défait les Anglais dans la baie d’Hudson lors de la guerre d’indépendance des Etats-Unis. Son nouveau périple le conduit d’abord au Brésil, au Chili, à l’île de Pâques, puis à Hawaï.

225px-Jean-François_de_Galaup_comte_de_La_PérouseLe comte Jean-François de Galaup de La Pérouse,

La reconnaissance des côtes de l’Alaska est marquée par la perte d’une vingtaine de marins. Après une étape en Californie, Lapérouse traverse le Pacifique et cabote sur les côtes asiatiques : Canton, Manille, Formose, la Corée, le Japon, puis le Kamtchatka. Il replonge vers le sud. Lors d’une escale à Samoa, douze de ses hommes sont tués dans une rixe avec les indigènes. Le 10 mars 1788, il quitte Botany Bay, en Australie, après avoir confié aux Anglais ses derniers documents de voyage. L’attente de ses nouvelles commence à Versailles. La Révolution survient. L’expédition est déclarée officiellement perdue en 1791.